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Enfoncer le clou

Enfoncer le clou

Ce n’est pas l’Etat qui nous soigne, ce sont les soignant.e.s

Ce n’est pas le confinement administré qui nous protège, mais nos modes de relation

Ce n’est pas le travail et l’économie qui nous enrichissent, c’est notre désertion

Depuis les intérieurs de l’empire, engouffrons-nous dans la brèche





Ce n’est pas l’Etat qui nous soigne, ce sont les soignant.e.s

L’empire Etatico-industriel ne s’inquiète de guérir ses sujets que pour se racheter un semblant de crédit. Il assume toujours un peu plus loin son obscénité jusqu’à la limite du débordement populaire. Il s’arrête juste avant que tout ne lui échappe. En bon manager, il gère et maximise, pendant que les soignant.e.s affrontent une horreur massive en vase clos. Quand le corona est apparu, le premier réflexe de l’Empire a été de chercher quelle opportunité le virus pouvait bien représenter. Sanitairement, il s’agit pour lui de s’assurer une immunité collective sur le dos des ouvrier.e.s concentré.e.s à l’usine ou sur les chantiers. Une culture d’anticorps aux dépens des familles entassées dans les cités HLM, comme autant de rats de laboratoire. Des vies, à disposition du pouvoir, finalement malmenées jusque dans les couloirs d’un service public hospitalier démantelé à dessein. La bourgeoisie, elle, regarde des vidéos de chats et télé-travaille, hydro-alcoolisée. A la fin, si fin il y a, on étudiera quelles classes sociales ont majoritairement été touchées. Et on aura la haine.

Les travailleurs sociaux, les hospitaliers, les sans papiers dans les centres de rétention, les prisonnier.e.s, voilà les victimes à venir de l’univers concentrationnaire que l’Empire nous a laissé. Les femmes enfermées avec leur mari violent, les enfants virés de l’ASE, les familles nombreuses cloîtrées dans 20m², autant de victimes de la prison domestique.

Ce n’est pas le confinement administré qui nous protège, mais nos modes de relation

L’empire Etatico-industriel vise d’abord à accoutumer ses sujets à un niveau ahurissant de domination policière et de surveillance totale. Une incarcération des plus basiques libertés au moyen d’une répression atrocement débile, tout en appelant citoyenneté et démocratie cette barbarie nazillonne. Il faut dire que l’on a manqué de suite dans les idées à croire que la démocratie et la citoyenneté étaient autres choses que le nom historique de notre asservissement. Pour l’empire, l’épidémie est l’opportunité inespérée d’étendre l’autorité policière sur la population et de faire passer les sévices de cette piètre milice raciste et viriliste pour justes et désirables. Même les attentats n’ont pas ouvert aussi grand la porte du contrôle total de la vie – une soumission à l’autorité inouïe. Or, sur plusieurs collines, autour de voisinages attentifs, dans quelques quartiers, chez certaines collocations, s’organisent déjà des modes de relation qui inventent un quotidien enfin délesté du labeur et de la peur. Ces groupes fonctionnent avec plusieurs personnes d’une même localité, ils mettent en commun du temps et restent à distance physique – mais pas sociale – d’autres groupes pour ne pas diffuser le virus. Une manière haute et autonome de briser efficacement l’épidémie, sans isolement et avec beaucoup de libertés. C’est aussi une façon de prévenir les autres formes de morts, celles qui rampent sous le covid : les burn-out muselés, les décompressions solitaires, les suicides silencieux, les maladies capitonnées, les féminicides domestiqués, les détresses confinées, imputables à l’Etat et à lui seul.

Ce n’est pas le travail et l’économie qui nous enrichissent, c’est notre désertion

L’empire Etatico-industriel a perçu dans la crise virale une aubaine économique majeure. Du jamais vu depuis 1946. Enfin les conditions sont réunies pour planifier une croissance d’après-guerre, une économie de la reconstruction ouvrant sur trente glorieuses providentielles post-covid. Une relance inopinée en marche forcée dont les esclaves, sujets de l’empire, devront porter tout l’effort – s’ils ont survécu à l’épidémie.

Alors que la désertion heureuse du travail et de l’économie commençait tout juste à assainir l’air, le sol, l’eau et nos existences – enfin tournées vers autre chose que la vente de notre temps, de notre force et intelligence – l’empire, lui, calcule déjà sa future croissance à deux chiffres. Il ajuste déjà ses ordonnances et sa flicaille pour nous abuser totalement une fois le confinement levé, au nom du civisme. Il piétine d’impatience devant l’horizon d’une relance libérale-fasciste qui exaltera comme jamais les libertés économiques et les privations humaines.

Nous sommes enfin en train de vivre une expérience de désertion massive et pas si triste (à condition, certes, de ne pas croiser de flics, de ne pas être seul.e ou enfermé.e avec des ordures, d’avoir de l’espace, de bonnes défenses immunitaires, un carré de verdure, des ami.e.s…). Si l’empire ne souhaite pas que nous tirions toutes les conséquences de l’épisode, c’est qu’enfin, au grand jour et dans le charnel de la vie, se révèlent son inutilité, son absurdité, sa communication obscène et sa violence. Il ne nous sert en rien. Même les abeilles le crient, tout va mieux depuis que l’on arrête de vivre comme l’empire nous y oblige.

Depuis les intérieurs de l’empire, engouffrons-nous dans la brèche

Le coup d’après consistera non seulement à résister aux tentatives administrées de relance économique, mais aussi à éviter à tout prix le retour à la normale. Cet épisode prouve que nous savons nous en sortir par nous-mêmes. Enfonçons le clou. L’empire est propriétaire, alors ne payons plus les loyers. L’empire est fait de patrons, ne leur vendons plus notre énergie. L’empire est un banquier, ne remboursons plus nos dettes. L’empire nous confine, lions-nous autrement que par la marchandise, les comptes et le travail. L’empire nous domine par la technologie, hackons tout. L’empire nous flique, alors fuyons. L’empire a détruit tout ce qui vit au nom de l’économie, ne revenons jamais au niveau d’activité d’antan. Désertons.

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