Read Comments

Le covidisme

Après l’obligation de port du masque dans les commerces et autres établissements recevant du public, puis sur les marchés de plein air et dans les espaces professionnels, voici venus depuis le 30 octobre l’obligation du port du masque dans tout l’espace public corrézien (même en pleine campagne !) et un reconfinement partiel. Au nom de quoi sommes-nous soumis à de telles restrictions de liberté qui relèvent à mes yeux de l’ignominie ?

La situation

On peut déduire des données relatives à la mortalité fournies par l’Insee que la surmortalité sur la période du 1er mai au 26 octobre 2020 par rapport à 2019 est d’environ 1,3 % (1), ce qui apparaît certes non négligeable mais faible pour ce qu’on nous présente encore comme une pandémie.

Entre le 1er septembre et le 20 octobre 2020, alors que plus de sept millions de personnes ont été testées, seules 0,5 % ont été hospitalisées, et moins 0,1 % ont dû entrer en service de réanimation (2).

La mortalité de la Covid-19 résulte le plus souvent d’une comorbidité, c’est-à-dire lorsqu’elle s’ajoute à un âge élevé et/ou à une maladie pré-existante (cardio-vasculaire, diabète, etc.). Le décès est alors imputé à la Covid-19. Il est certes l’élément déclencheur, mais seulement un des facteurs cause du décès.

L’année suivant celle d’une épidémie (grippe sévère, etc.), on constate une baisse de la mortalité. Nombre de décès ont donc été avancés de quelques mois à une année par la Covid-19. Ce qui, de fait, tend à relativiser le chiffre de 1,3 % évoqué ci-dessus.

Nous pouvons déduire que le gouvernement ampute notre vie pleine et entière pour ne pas écourter de peu la vie d’une minorité d’entre nous.

Bien sûr, il faut protéger les personnes vulnérables ; et peut-être surtout celles-ci devraient-elles se protéger mieux, par l’évitement des situations les plus à risque et par le port d’un masque plus protecteur.

« Notre objectif est de tuer le virus » déclare la préfète de la Corrèze à La Montagne (3). A-t-elle – l’État a-t-il – vraiment cette prétention ?! On ne tue pas un virus en circulation, sinon après des décennies. Le virus circule, circulera, et même un vaccin ne l’éradiquera sans doute qu’à moyen terme. Nous devons vivre avec et accepter le risque inhérent à cette situation. Macron lui même affirmait que nous devrons vivre avec, manifestement sans tirer les leçons de ce constat.

Le problème est ailleurs : dans la capacité de notre système de santé à être à la hauteur. Et ici, les personnels hospitaliers ne sont pas en cause. Les gouvernement successifs maltraitent l’hôpital, par une direction gestionnaire et, en conséquence, par une réduction drastique de la capacité d’accueil. Alors, oui, il y a plus de morts que si les gouvernements n’avaient pas appliqué cette logique financière. La responsabilité est clairement identifiée, et il est vain de tenter de nous faire culpabiliser.

Le ministre de la Santé n’a-t-il pas annoncé le 27 août que 12 000 lits (soit 5 000 de plus qu’au printemps) seraient disponibles si besoin ?

 

Une religion

Au sein d’un monde de plus en plus dégradé, écologiquement, socialement et humainement, on se replie sur la santé, l’obligation de la santé. Paradoxalement, notre société vise le risque zéro dans un environnement pathogène.

Au nom du maintien de la vie d’un très faible minorité de personnes, on déshumanise l’ensemble de la population par le port du masque, la réduction des contacts humains, le repli dans un univers technologique, l’individualisation de nos vies, etc. Le masque, particulièrement, déshumanise, et l’obligation de son port dans l’espace public, qui constitue une violence inouïe, humilie. Il n’est jamais bon d’humilier les gens ; en résulte toujours du ressentiment dont on ignore les manifestations ultérieures. La haine qui monte pourrait – devrait – avoir bientôt des effets explosifs.

De plus, les mesures qui nous sont imposées tendent à réduire notre immunité et nous rendent plus vulnérables aux attaques virales : altération du lien social, apparition ou accentuation d’états dépressifs, gêne respiratoire du fait du port le masque, réduction de l’activité physique. Outre la dimension sanitaire, protéger la santé (donc la vie) implique de considérer les aspects sociaux, culturels, spirituels, politiques et économiques.

Nous assistons malgré nous à un délitement du collectif qui constitue la base d’une société. Mais le gouvernement adepte du néolibéralisme fait peut-être sienne la déclaration de Margaret Thatcher selon laquelle « There is no such thing as society ».

En outre, ces contraintes très excessives donc illégitimes sont de nature à favoriser les élucubrations complotistes derrière lesquelles se profile souvent l’extrême-droite.

Le prétendu remède s’avère sans doute pire que le mal.

 

Cette situation reflète la perte de ce que certains nomment le sacré – ou plus largement ce qui fait de nous des êtres humains – et nous rapproche ainsi de notre simple animalité. Le sacré – si on utilise ce mot – est transféré à la vie elle-même. Olivier Rey nomme cela « l’idolâtrie de la vie » (4).

L’objet premier du pouvoir semble en effet devenu la préservation de la vie nue, la vie purement biologique, au détriment de ce qui constitue l’essence de la vie humaine. Cette logique semble déployée comme une religion que Karim Duval nomme le covidisme (5). La « guerre contre le coronavirus » semble devenue un culte fétichiste, fondé sur le sacrifice.

Cela semble refléter une société qui ne croît plus en rien (ou plus en grand chose, une grande chose surtout, un projet collectif, un idéal), au sein de laquelle le refuge sotériologique est la vie biologique.

 

Cette situation doit, dans une certaine mesure, réjouir ces dirigeants avides de pouvoir qui sont parvenus à domestiquer la population. Le gouvernement joue sur la peur, pratiquant à la fois l’infantilisation et l’autoritarisme. En résulte une psychose collective attisée par nombre de médecins et chercheurs qui réclament l’imposition de ces contraintes, et bien sûr les médias dominants auto-dressés à la servitude. Et une large part de la population cautionne ces règles liberticides, et les revendique (6). Même des lycéens s’y sont mis !

 

Rétrécissement démocratique

Cette maladie est prétexte à un nouvel état d’exception. La déclaration d’état d’urgence est une facilité et une forfaiture. Elle permet au pouvoir de s’abstraire du fonctionnement démocratique. Hollande avait honteusement ouvert le bal sans nécessité en 2015. Et la plupart des dispositions d’exception ont ensuite été intégrées dans la loi. Ces choix n’honorent pas ceux qui les font. Ils montrent quels sont leur niveau de respect des libertés fondamentales et leur conception du fonctionnement démocratique.

Il y a une certaine bassesse pour le gouvernement et le président de la République à réclamer un état d’urgence sans urgence, pour les députés à abdiquer devant une telle demande et à renoncer à leur pouvoir de délibération.

 

Comme dans n’importe quel régime autoritaire, quiconque n’adhère pas aux discours étatiques et médiatiques se voit accusé de se situer dans le camp de l’ennemi voire d’être un criminel. Le débat est interdit. Le contradicteur est alors considéré comme hérétique. Donc a priori discrédité. Mais de moins en moins…

 

Probablement la macronie a-t-elle l’ivresse de l’autoritarisme et, enfermée dans ses privilèges bourgeois, n’a-t-elle aucune vision d’avenir réaliste. Si certains sont complotistes, eux souffrent d’un autre obscurantisme, l’aveuglement religieux.

Tous les totalitarismes relèvent d’un sommeil de la raison ; toutes les dictatures prétendent exister pour le bien des gens. Que nous ferait-on accepter pour notre bien, pour la vie nue de tous ?

 


1 – « Mortalité Covid en France : ce que nous apprennent les chiffres », Journal international de médecine, 12/11/2020. Que cet article scientifique ait été publié comme tribune est révélateur de la réticence à tout discours contradictoire, même scientifique.

2 – « Le confinement constitue un remède pire que le mal pour la société française », Regards, 29/10/2020.

3 – La Montagne, 31/10/2020.

4 – Olivier Rey, L’idolâtrie de la vie, Tracts Gallimard, 2020.

5 – Je distingue alors le sacré du religieux.

6 – Ce sont parfois les mêmes qui se et nous mettent en danger en bravant les règles de base de la sécurité routière, et qui, ici, donnent des leçons à ceux qui ne se comportent pas comme ils le souhaiteraient.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *