Démarche

Autographie est un outil. Il s’impose à nous comme une nécessité. Il est une réponse formulée dans l’urgence et avec des moyens dérisoires, à une situation sociale dont la violence s’impose à nous. Autographie est une tentative de s’octroyer du pouvoir là où nous en sommes systématiquement privés.
D’un côté, il devient difficile de puiser du sens dans cet espace où l’information s’accumule, saturé de mots, d’images et d’histoires. Comme notre capacité d’attention n’est pas extensible à l’infini, plus l’information s’accélère et se densifie, plus nous y voyons trouble. Or nous préférerions y voir clair et nous y retrouver, comprendre le contexte dans lequel nous vivons sans atrophier sa complexité. Ainsi, la difficulté que nous avons à nous reconnaître dans la parole et les faits de notre époque se traduit la plupart du temps par une forme d’absentéisme, c’est-à-dire une désertion, non seulement des processus de participation à la vie politique, mais également des lieux ordinaires d’action, de travail, d’existence.
De l’autre côté, la vie dite « active » ou « citoyenne » est organisée de telle manière que non seulement, nous ne parvenons plus à éprouver le désir d’y participer, mais surtout, quand bien même nous l’éprouverions, nous n’en aurions ni le pouvoir, ni l’autorisation. Soit nous sommes mis à l’écart des instances de décision et de l’emploi du fait de notre position sociale, soit nous ne pouvons nous y exprimer sans en intérioriser préalablement le discours et les codes.
Alors, face à cette situation où, à la fois le pouvoir et le sens nous échappe, nous nous voyons dans la contrainte de nous aménager, avec les « moyens du bord », un espace de construction et de prise parole dont nous maîtrisons le cadre, les modalités et les termes. Afin d’échapper à l’absentéisme intégral du monde et de son contenu. Afin d’avoir de nouveau prise sur les normes, les technologies et les croyances qui nous entourent. Afin de ne plus être les proies d’une société violente et complexe qui nous dépasse. Afin de comprendre notre univers social depuis nos propres positions. Afin que notre réalité se mette au diapason de nos aspirations, aussi chancelantes soient-elles. Afin, enfin, d’envisager à nouveau d’agir de manière radicale et concrète sur le contexte que nous traversons.
Il nous est donc nécessaire d’écrire notre propre histoire et de produire du savoir à l’endroit même où la société semble s’endormir et s’altérer. Nous ne pouvons plus supporter que les récits de nos expériences soient dictés par d’autres, qu’ils fassent l’objet de représentations simplificatrices, qu’ils se fondent dans le mouvement des masses, ou qu’ils se dissolvent dans le vide narcissique généralisé des réseaux sociaux.
Nous ouvrons Autographie à tous les contributeurs s’ils sont en accord avec cette démarche, qui par essence vise à entretenir des processus de production collective, pour nous sauver du périmètre étriqué de l’égo et de son petit spectacle. En cela, c’est un espace du commun. Mais c’est également un espace de l’individu, conçu pour publier sa matière réflexive et pas simplement un artifice en full HD.
Notre démarche n’est pas localisée, elle peut prendre racine partout où le désir s’en fait ressentir.