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Mes flèches

Mes blessures sont les plumes qui guident mes flèches
Ou pourquoi les femmes peuvent faire naître une pensée située entre nos perspectives révolutionnaires et nos expériences de vie.

J’espère qu’un jour nous allons tous rire de notre manque de compréhension de la vie à la fois basée sur l’expérience vécue et sur tous les rêves possibles qui en débordent. Nous cherchons à faire s’exprimer l’esprit qui nous habite c’est à dire celui qui permet de faire parler ensemble, la tête, l’estomac et le cœur.
Une envie de suivre le constant dialogue intérieur qui nous tourmente: ces vagues qui nous font osciller entre notre vouloir révolutionnaire et l’expérience. Ce dialogue qui ralenti la cadence, qui questionne, nous renforce pour être réaliste, c’est à dire tenter l’impossible. Une envie de laisser de côté cette peur que le doute diminuerait notre détermination. Une détermination sentie du fond du cœur, sans peur que notre âme puisse être sacrifiée au dieu de la guerre civile.
Nous avons grandi dans un monde réduit à une seule dimension: vivre pour produire de la “main morte“ (une manière au moyen-âge de désigner la propriété privée). Le processus de fabrication des choses a été oublié. Et à nous, qui les fabriquons, on ne nous donne pas d’autre valeur que notre capacité de finir la plus grande quantité le plus vite possible: de patates, de maris heureux, d’images, de succès, d’enfants, d’histoires…
À la fin, nous qui essayons de créer une meilleure forme d’exister ensemble sur et avec ce monde, avons du mal à retrouver la vie au-delà des mesures économiques. Si nous ne voulons pas rejoindre le chœur du nihilisme, mais faire de cette maladie notre arme, si nous voulons lutter contre cette réduction de nos vies, nous avons besoin de nous soigner de toutes les amputations que cela a produit.
Pour les femmes si elles veulent devenir révolutionnaires, la nécessité de cultiver ce double mouvement est peut-être plus facile à assumer sur plusieurs terrains: l’héritage occidental, l’expérience personnelle et la mémoire collective des mouvements révolutionnaires.

Dans la tradition occidentale, les femmes sont placées du côté de la nature, de l’émotion, de la passivité, c’est donc plus agréable pour elles de faire leurs les qualités  socialement  valorisées de la rationalité, de l’innovation, de l’initiative, que pour les hommes d’embrasser leur moitié dite «  faible  ».

Beaucoup de femmes ont subi de la soumission, de l’intimidation sexiste ou des violences sexuelles, elles sont donc moins tentées d’oublier la sagesse de l’expérience et de se perdre totalement dans l’enthousiasme de la lutte. La douleur peut aider à réorienter la direction de la révolte. Bien sûr, une femme qui sent ce volcan de révolte qui monte dans son cœur, ne peut plus se voir comme une pure victime de l’ordre des choses.

Pendant les luttes révolutionnaires au début des années 70, et ce fut un très court moment dans l’histoire, des femmes ont compris que leurs expériences personnelles, leurs blessures n’étaient pas de leur faute, n’étaient pas qu’un produit de leur propre incapacité et de leur propre faiblesse mais étaient surtout les résultats préfabriqués d’une domination structurelle. Ce fut la révélation d’une force, la prise de conscience que l’expérience est politique.

Il nous faut assumer la réalité de nos blessures, prendre comme point de départ le besoin de nous tous, hommes et femmes, de se débarrasser des héritages profondément désastreux – c’est à dire soit l’arrogance d’une supériorité basée sur quelques variations biologiques comme la couleur de peau ou le sexe, soit l’illusion de détruire la planète sans en être affecté, soit la folie “d’industrialisme“ qui bouffe nos vies. Peut-être les femmes, dû à leurs expériences, voient plus clair la nécessité de se soigner de ces traditions létales. Elles savent que c’est dur mais inévitable pour ne pas recréer la même merde avec chaque “révolution“. C’est pour cela que je suis tentée de dire que les femmes ont une perspective plus compréhensive de nos potentiels révolutionnaires.

Si je me trompe et si le jour où nous pourrons rigoler de notre manque de compréhension est déjà proche, alors, tant mieux !!

MARAIS

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