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Constituer un organe

FLAMMESduPLATEAUDepuis un an, là où nous habitons, nous nous retrouvons entre femmes.
Nous avions envie de parler de tant de choses : notre rapport au vivant, à la transmission ; des conditions d’existence de la parole, à l’oral, en réunions.
Nous avions envie de voyager en meute, de traverser d’autres lieux pour y rencontrer d’autres expériences.
Nous avions envie de partager nos craintes, de mettre en commun nos forces, d’apprendre des chansons, de lire des textes, d’écrire.
Dès nos premières rencontres, nous avons senti une fluidité entre nos différentes voix, une facilité à prendre la parole et à la laisser.
Nous nous sentions liées autrement.
Une des choses étonnantes que nous découvrions, fut notre capacité à nous comprendre plus facilement, plus rapidement, des connexions presque évidentes. Cela ne voulait pas dire que nous étions d’accord.
Nous trouvons ici une certaine possibilité d’élaborer, de conspirer, de se faire vivre autrement les conflits nécessaires à penser le monde.
Notre parole est celle de femmes venues de plusieurs horizons, de femmes vivant ici depuis plusieurs années, de femmes installées ici depuis peu, de femmes venues traverser notre expérience collective pour un moment donné.
C’est au cœur de cette nouvelle intimité entre habitantes et passagères que nous tentons de faire naître une lutte qui nous habite au-delà de nos genres.
Ce que nous expérimentons entre femmes, nos recherches, nos tâtonnements, nous aide à nourrir nos élaborations collectives et fait partie de la construction d’une force politique révolutionnaire.

 

CONSTITUER UN ORGANE

Organe  : biologie, ensemble d’éléments cellulaires, physiologiquement différenciés et combinés

Comment cerner les contours de la puissance sans qu’ils nous enferment ?
Le chemin de nos expériences se dessine, devient de moins en moins flou, quand nous savons avec qui nous voulons faire route.

« Extérioriser la colère, la transformer en action au service de notre vision et de notre futur, est un acte de clarification qui nous libère et nous donne de la force, car c’est par ce processus douloureux de mise en pratique que nous identifions qui sont les allié-e-s avec lesquel-le-s nous avons de sérieuses divergences, et qui sont nos véritables ennemi-e-s. »*

Nous habitons un territoire et partageons une grande partie du quotidien. Dans ce que nous vivons, il y a un déplacement et une explosion libératrice des contours de notre présence. Nous nous accomplissons dans un espace commun, dans une perspective commune et cela non pour nous donner bonne conscience mais par exaltation combative. Nous éprouvons ce qu’il a de protecteur, de réconfortant, de joyeux et de frivole dans des amitiés, ce qu’il y a de colère et de rage dans la camaraderie.
Cet organe révolutionnaire se nourrit du territoire qui l’abrite et relis son passé, non pour le faire sien ou pour s’en approprier l’histoire, mais pour y trouver l’origine des armes nécessaires à sa lutte. Cet organe se nourrit de la joie d’expérimenter une forme de vie collective, d’expériences amies venues d’ailleurs, et bat la campagne à la recherche de nouveaux alliés.

* Audre Lorde «  De l’usage de la colère  : la réponse des femmes au racisme  » 1981

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