Préambule.

Le surf : sport consistant à se maintenir en équilibre sur une planche portée par une vague déferlante. Telle est la définition du dictionnaire. De manière plus sensible, cette pratique nous évoque une quête de liberté et de symbiose avec les éléments, que l’on soit pratiquant ou non. Par ailleurs, de nombreux récits légendaires font du surfeur une figure héroïque, libre de tout dictât, parcourant modestement le monde pour trouver son salut dans un simple tube d’eau. Mais cette figure céleste s’est particulièrement bien adaptée au jeu d’un spectacle sensationnel à fort potentiel marketing, que l’on retrouve dans les films hollywoodiens, les émissions populaires ou sur Internet. Aujourd’hui le surf croule sous les flots d’images de compétitions, d’exploits, de requins, de bastons, de muscles, de frime et de marques. La version libre et sensible du surf semble en sommeil, pendant que son double, le surf contrôlé et rentable, colonise les imaginaires. L’océan lui ­même, trop aléatoire, hostile et dangereux, est recopié, au calme, dans des parcs aquatiques de plusieurs milliers de mètres carrés, offrant des vagues artificielles aseptisées au milieu de complexes hôteliers.

L’industrie et ses méandres, les surfeurs et leurs tribus, nos sessions inoubliables ou catastrophiques, on en parle souvent dans la voiture avec les pieds pleins de sable ou le soir autour d’une bière dans un appartement humide avec la combi qui nous goutte sur l’épaule. Quand on regarde autour de nous, dans l’eau, sur la plage, notre réalité n’est pas celle des vidéos de boissons énergisantes, ni celle des médias. Notre pratique évolue dans un brouillard opaque, entre l’opulence des industries du surf et le prétendu dénuement d’une passion pure, entre la chaleur d’Hawaï et l’eau marron glacée de la Gironde. Entre la couleur et le noir et blanc. Entre le bruit et la paix. Une réalité du milieu, coincée entre des sentiments aussi divers qu’opposés. Le surf que nous pratiquons est confus. Quand bien même la session serait parfaite, nous marchons sur une dune qui recule à chaque marée, nous nous méfions de l’autre en arrivant dans l’eau, nous encaissons des stéréotypes pourris, nous traversons des jungles immobilières… des non-dits enfouis dans la brume, une réalité froide, un hiver du surf.

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