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N’être

N’être

naître a-t-il un contraire ?
ptit oiseau vert

Toute la vie nous naissons, et la mort est si vaste que nous la confondons parfois avec tout.

Je ne suis pas pour l’IVG,

je suis avec lui,

et lui, fait parti de la vie.

Si je suis avec lui, ça n’est certainement pas par progressisme ou pour la liberté de la femme.

L’IVG est une question d’amour.

On pense toujours à ce qui meurt,

jamais à ce qui peut en naître.

En amour on ne sait que ce qui est dit.

Tout le reste est inventé.

L’amour n’est pas une fatalité,

la parentalité non plus,

la maternité non plus.

L’amour est un projet.

On ne pourra jamais dire qu’avorter est un acte bon, mais pour le bien.

Je n’aime pas la question posée : pour/contre l’avortement ?

Comment pourrait-on convaincre le contre, sans s’avouer que nous ne savons pas avorter. Nous ne savons pas quitter, ni la scène, ni la vie. Nous avons peur de tout, de notre ombre, et de celle d’un foetus qui n’a jamais vu le soleil.

 

ptit oiseau marron

Je me demande si parfois il ne faudrait pas apprendre à avorter certaines histoires d’amour, les tuer dans l’oeuf…

-Non, tout n’est pas possible. Non, on ne peut pas tout vivre.

-Mais pourtant, yes we can, sky is the limit, quand on veut on peut parcequejelevauxbien !

La vie mais pas à tout prix.

Nous sommes obsédés par ce que nous sommes, qui nous sommes, qui nous pourrions être et ce que cela ferait de nous.

Mais toutes les histoires n’en font pas une.

Avorter est un échec, dans le monde des winners on ne perd pas. Rien n’y est léger, même pas perdre du poids.

Perdre du poids,

dans la gravité,

par le sérieux d’un régime.

C’est un œuf qu’on décroche, mais on n’avorte jamais exactement de la même chose.

oiseau sec III

Le nulle part est fécond.

Mettre fin… à un abonnement téléphonique, à un contrat. Quitter le marché du travail, abandonner une carrière. Arrêter d’aller au travail. Couper la route, faire une queue de poisson, finir en eau de boudin… Mettre fin pour le bien est un savoir-faire, pas un caprice ou un pétage de plomb.

Ne pas faire comme d’habitude, comme tous les jours, comme on m’a dit, comme je le répète.

Un bout de la vie est à inventer.

On peut bien disposer de notre propre corps, le maigrir, le grossir, le vider, le remplir, mais c’est un féminisme ambitieux auquel je rêve, un courage sensible, une guerre sentie.

-De quoi tu parles ?

-Je ne sais pas encore. Je pense, je penche.

Avorter, c’est poser ailleurs, un enfant qu’on ne peut pas porter.

On avorte et donne naissance dans la douleur.

oiseau rougeI-1

Tuer, tu es.

Je pourrais me dire et d’ailleurs, je me le dis : Je dois boucher les trous, fabriquer du solide, une théorie rempart, qui ne laisserait pas s’infiltrer les assaillants conservateurs. Un contraceptif anti cons. Ceux qui veulent toujours qu’on garde tout, et qui savent toujours où est rangée la vérité.

Mais je ne suis pas de ceux qui voudraient partir dans le futur en roue libre. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut libérer tous les tabous, je ne m’engagerais pas dans une lutte de libération de la liberté.

La forme que prend la vie et celle qu’on lui donne appellent une justesse, ou plutôt une présence juste, pensée, partagée et sentie. Et la mort, la disparition, le non-vécu, repoussés aux marges de notre pratique de la vie se doivent d’être affrontés.

Oui nous ne sommes pas tout, heureusement. Et vieillir c’est s’endeuiller avec noblesse et légèreté.

Le centre de mon monde est une boule de feu, pas ma biographie.

Mon enfant, 5 ans : « Le but des humains c’est d’avoir tiède ».

La vie est un tissu transparent.

Le dessin de notre chemin n’est pas une route, et les rencontres pas des intersections. La vie que nous ne vivons pas, n’existe pas en transparence de la vie que nous vivons. C’est le cinéma qui nous a fait croire ça.

Il y a dans la vie et sa présence, quelque chose d’inconcevable. Et c’est bien la vie que nous vivons qui est faite de transparence.

Le nulle part est fécond.

Je suis embarrassée par mon corps et en parler me met dans l’embarras.

« C’est peut-être ça que je sens, qu’il y a un dehors et un dedans et moi au milieu, c’est peut-être ça que je suis, la chose qui divise le monde en deux, d’une part le dehors, d’autre part le dedans, ça peut être mince comme une lame, je ne suis ni d’un côté, ni de l’autre, je suis au milieu, je suis une cloison, j’ai deux faces et pas d’épaisseur, c’est peut-être ça que je sens, je me sens qui vibre, je suis le tympan, d’un côté c’est le crâne, de l’autre le monde, je ne suis ni de l’un ni de l’autre… », Samuel Beckett, L’innommable.

Ma vie n’est pas un parcours et mon corps pas un véhicule qui le traverse. Vivre ça n’est pas choisir. La vie se déplace et nous avec.

Avorter ne devrait pas avoir besoin d’être un droit mais juste faire partie de la vie.

La pensée ne peut pas se retrancher derrière un droit, un droit ne protège pas.

Nous nous protégeons nous-même, les uns les autres. Il existe une forme de maternité ailleurs qu’entre une mère et son enfant. Aucune forme de vie n’est gagnée d’avance, c’est un terrain de conquêtes et de replis, d’attaques et de défenses. D’ailleurs, s’en est bientôt fini de s’entendre dire « qu’il faut bien gagner sa vie ». Une guerre peut se gagner, mais pas la vie, car sa consistance même, est d’un jour se perdre.

Mettre fin.

Faire corps.

Quitter une idée,

s’en défaire,

pour en voir éclore une autre.

Venons au monde, nous sommes attendus.

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