{"id":47,"date":"2023-03-26T13:27:59","date_gmt":"2023-03-26T11:27:59","guid":{"rendered":"https:\/\/autographie.org\/blog\/hiverdusurf\/?page_id=47"},"modified":"2023-03-26T15:10:35","modified_gmt":"2023-03-26T13:10:35","slug":"chronique-du-surf-impossible-1","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/autographie.org\/blog\/hiverdusurf\/articles-recherche\/chronique-du-surf-impossible-1\/","title":{"rendered":"Entre les tribus"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><b style=\"font-size: var(--global--font-size-base);\">Entre les tribus<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><em>Chronique du surf impossible 1<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Pointons d&rsquo;abord sur la carte le coin de c\u00f4te le plus aust\u00e8re. Des falaises, du maquis, l&rsquo;hiver aussi. 17 heures de routes soulignent le divorce entre notre rude destination et nos id\u00e9aux de palmiers dans le sable chaud. Mais il est ais\u00e9 de se r\u00e9concilier avec l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 quand elle nous promet des plages d\u00e9peupl\u00e9es. Plus les kilom\u00e8tres passent, plus la perspective d&rsquo;\u00eatre seuls \u00e0 l&rsquo;eau, \u00e0 surfer des vagues vierges, nous excite. Le froid et les chemins \u00e0 flan de pr\u00e9cipice finissent presque par nous plaire, comme autant de garanties d&rsquo;une solitude pure. La raison banale devrait convaincre les foules de rester entre elles, au chaud, sur le goudron, \u00e0 la lumi\u00e8re, loin du d\u00e9sert.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Quand nous descendons la derni\u00e8re vall\u00e9e, notre regard est capt\u00e9 par ces lignes de swell qui se forment au loin, dans ce petit triangle bleu coinc\u00e9 entre deux falaises. Nos cerveaux se mettent \u00e0 cogiter \u00e0 10 000 en sp\u00e9culant sur la forme de la vague qui va se briser plus bas le long des rochers. Le chemin de graviers, de boue et de nids de poules, nous bringuebale dans un oasis de verdure et de ruisseaux qui ont su \u00e9chapper \u00e0 la vie lente et s\u00e8che de la roche. La route n&rsquo;en est pas moins interminable et chaotique. On descend, encore. Quelque part, dans un coin anxieux de notre esprit, rempli d&rsquo;angoisses que l&rsquo;on maintient habituellement \u00e0 distance pour que la vie reste supportable, on se dit \u00ab\u00a0l\u00e0, dans ce d\u00e9sert, s&rsquo;il nous arrive quelque chose, personne ne viendra nous chercher&#8230;\u00a0\u00bb. Mais on refoule un peu plus loin le doute et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, \u00ab\u00a0parce qu&rsquo;on n&rsquo;a pas fait 17h de route pour commencer \u00e0 flipper\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Puis, fortuitement, avant le dernier virage qui m\u00e8ne \u00e0 la plage, nous apercevons la silhouette d&rsquo;un camion. Dans un premier temps, cette surprise nous caresse l&rsquo;angoisse dans le sens du poil, en apportant un peu de paix l\u00e0 o\u00f9 nous nous imaginions livr\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames, perdus dans un chaos d&rsquo;\u00e9cume et de roches. Somme toute, nous accepterions bien de surfer \u00e0 trois ou quatre dans la mesure o\u00f9 ce petit comit\u00e9 n&rsquo;est pas si \u00e9loign\u00e9 de la solitude, vu l&rsquo;immensit\u00e9 du terrain de jeu.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Mais derri\u00e8re ce virage, derri\u00e8re ce camion, il faut faire\u00a0un constat plus amer et difficilement pr\u00e9visible\u00a0; nous ne sommes pas seuls. Nous sommes m\u00eame plein, trop. Des vans, des breaks, des 4&#215;4, des pick-ups&#8230; du Mercedes rouill\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s-guerre habit\u00e9 par toute une famille de \u00ab\u00a0marginaux\u00a0\u00bb comme dirait la police, jusqu&rsquo;au SUV dernier cri conduit avec fiert\u00e9 par \u00ab\u00a0des gens qui r\u00e9ussissent\u00a0\u00bb, tous remplis de planches \u00e0 600 balles\u00a0et stick\u00e9s de toutes les marques \u00e0 la mode&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">L&rsquo;oasis aust\u00e8re est colonis\u00e9 par des tribus.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span lang=\"fr-FR\">&#8211;<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><a name=\"saccomoderdelasoci%C3%A9t%C3%A9dusurf\"><\/a> <span style=\"color: #2b2b2b;\">\u00a0<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><i><b>S&rsquo;accommoder de la soci\u00e9t\u00e9 du surf<\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Cette r\u00e9alit\u00e9 affligeante souffle le vent de\u00a0la col\u00e8re et de la d\u00e9ception. Sous le joug d&rsquo;une amertume irr\u00e9futable, nous interpr\u00e9tons les faits grossi\u00e8rement, sans d\u00e9tour, comme ils nous sautent au visage. Encercl\u00e9s par le folklore des clans et les c\u00e9r\u00e9monials de hordes aussi sophistiqu\u00e9es que primitives\u00a0; les comportements, les postures, les possessions mat\u00e9rielles, tout nous para\u00eet ostentatoire, d\u00e9monstratif, calcul\u00e9 et grossier d&rsquo;\u00e9vidence. La finesse des paysages, ces petites subtilit\u00e9s que l&rsquo;on relevait avec \u00e9merveillement, puis la douce id\u00e9e de tomber sur un lieu \u00e9tonnamment accueillant au milieu d&rsquo;un n\u00e9ant abrupt, viennent s&rsquo;\u00e9chouer l\u00e0, brutalement, au milieu des tribus et de leurs v\u00e9hicules et de leurs planches et de leurs autocollants et de leurs combinaisons qui s\u00e8chent, d\u00e9j\u00e0. Nous aurions pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas \u00eatre hant\u00e9s par cette clairvoyance froide et cat\u00e9gorique qui renverse tous nos d\u00e9sirs. Nous aurions aim\u00e9 ne pas faire partie de cette tribu.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Nous r\u00e9alisons qu&rsquo;il ne suffit pas ou plus de composer avec l&rsquo;oc\u00e9an pour faire du surf. Il faut s&rsquo;arranger des surfers. Ne pas condamner trop vite la vulgarit\u00e9 de leurs d\u00e9monstrations tribales, car \u00e0 plusieurs \u00e9gards, tout nous en rapproche. Accepter de faire partie d&rsquo;une masse dont on ne se reconna\u00eet ni dans la globalit\u00e9 ni dans le d\u00e9tail. Comme si cette \u00ab\u00a0appartenance malgr\u00e9 nous\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9tait pas assez embarrassante, il faut aussi se familiariser avec le regard des non-surfers. Se faire aux st\u00e9r\u00e9otypes auxquels nous ne manquerons pas d&rsquo;\u00eatre assimil\u00e9s. Il faut dire que certains surfers mettent particuli\u00e8rement du c\u0153ur \u00e0 l&rsquo;ouvrage pour coller aux cat\u00e9gories dans lesquelles ils ont \u00e9t\u00e9 mis, et ainsi conforter la pertinence de ces cat\u00e9gories. Hippies, sur-trippers, free-surfers, shapers, pros, amateurs, locaux, underground, marginaux, autonomes, alternatifs&#8230; Ceux-ci, aussi caricaturaux soient-ils, n&rsquo;ont peut-\u00eatre pas eu le choix non plus, ils sont aussi les victimes de l&rsquo;ostracisation impos\u00e9e par le monde normal \u00e0 ceux qui n&rsquo;ont pas su ou voulu s\u2019accommoder de la norme. Mais l\u00e0 les cartes sont troubl\u00e9es. Qui \u00e9crit les cat\u00e9gories\u00a0? Sont-elles invent\u00e9es par les dominants pour d\u00e9signer ceux qui d\u00e9vient des normes qu&rsquo;ils ont \u00e9tablies\u00a0? Rel\u00e8vent-elles de d\u00e9finitions que les membres d&rsquo;un groupe se donnent \u00e0 eux-m\u00eames\u00a0? Ici, tout se m\u00e9lange certainement. Dans les deux cas, ces cat\u00e9gories nous semblent bien repoussantes. Et dans tous les cas, elles existent et il faut faire avec. D\u00e8s que l&rsquo;on s&rsquo;en rapproche, elles nous aimantent.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><a name=\"passeratraverslemaillagesocial\"><\/a> <span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i><b>Passer \u00e0 travers le maillage social<\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Le reproche pourra \u00eatre fait \u00e0 cette chronique et celles qui suivront, de \u00ab\u00a0mettre dans les surfers dans des cases\u00a0\u00bb ou de dresser une liste de crit\u00e8res cat\u00e9gorisants. Nous partons plut\u00f4t du principe que les cat\u00e9gorises sociales sont le r\u00e9sultat de rapports sociaux et de dominations. Donc ces chroniques sont l\u00e0 pour d\u00e9busquer les\u00a0processus de cat\u00e9gorisation pour mieux les d\u00e9passer, plut\u00f4t que de les laisser ramper l\u00e0, et infester sournoisement les plages. Nous aimerions comprendre comment ces stratifications ont pu prendre une telle place, avoir autant d&rsquo;impact, devenir si r\u00e9elles et tangibles, pour mieux les d\u00e9construire, pour ne plus avoir \u00e0 en souffrir, pour en sortir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">S&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que d&rsquo;enjeux de repr\u00e9sentations et d&rsquo;images, nous passerions notre chemin, sourire en coin. Laissant les tourments stylistiques \u00e0 ceux qui s&rsquo;en pr\u00e9occupent. Mais c&rsquo;est bien le sens et l&rsquo;essence d&rsquo;une pratique qui sont en jeu, la signification de choix existentiels et leur r\u00e9sonance dans le reste du corps social. Puis les apparats de la \u00ab\u00a0surf-culture\u00a0\u00bb ne rel\u00e8vent pas uniquement de la mode, ils sont devenus des crit\u00e8res d&rsquo;int\u00e9gration dans les clans, leur d\u00e9faut nous vaudra une mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart, une rel\u00e9gation, non sans cons\u00e9quence sur notre pratique une fois \u00e0 l&rsquo;eau. Alors que nous aurions juste voulu passer \u00e0 travers ces processus l\u00e0.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">L&rsquo;abondance des surfers et de leurs gimmicks dans toutes les vall\u00e9es aust\u00e8res du monde, puis les poncifs dans lesquels la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0civile\u00a0\u00bb nous renvoie, font grandir en nous le sentiment de n&rsquo;\u00eatre nulle-part \u00e0 notre place, comme dirait <\/span><\/span><span style=\"color: #000080;\"><span lang=\"zxx\"><u><a href=\"..\/..\/..\/..\/Desktop\/Autog\/_blank\"><span style=\"color: #24890d;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Da\u00eftro<\/span><\/span><\/a><\/u><\/span><\/span><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">. L&rsquo;envie est pourtant irr\u00e9pressible de d\u00e9m\u00ealer l&rsquo;enchev\u00eatrement de pi\u00e8ges tiss\u00e9 par les\u00a0<\/span><\/span><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>pr\u00e9jug\u00e9s<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">. Oui, il y a un ensemble de comportements tribaux dont nous incarnerons les premi\u00e8res critiques. Mais non, cette critique ne doit pas venir de l&rsquo;ext\u00e9rieur, de mani\u00e8re h\u00e9t\u00e9ronome, car justement elle sert \u00e0 normaliser. Il revient aux tribus de se questionner, de s&rsquo;\u00e9crire, de construire l&rsquo;image, le savoir, la politique et la culture qui leur conviennent, sans tomber dans une logique identitaire, communautaire et d\u00e9fensive. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs peut-\u00eatre qu&rsquo;\u00e0 cette condition l\u00e0 qu&rsquo;elles sortiront du tribalisme et qu&rsquo;elles transformeront le statut qu&rsquo;on leur accorde. Faut-il encore qu&rsquo;elles le fassent avec recul et subtilit\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;elles soient capables de construire une identit\u00e9 fine et complexe, qui fasse sens et qui ne se suffise pas d&rsquo;autocollants, de marques et de boissons \u00e9nerg\u00e9tiques. Oui, aujourd&rsquo;hui ces tribus ne sont pas pr\u00eates \u00e0 cet effort l\u00e0. Aujourd&rsquo;hui, en bas de cette vall\u00e9e, elles nous r\u00e9pugnent de vulgarit\u00e9 et d&rsquo;ostentation creuse. Aujourd&rsquo;hui, la col\u00e8re aidant, nous serions tent\u00e9s de dire qu&rsquo;elles m\u00e9ritent bien leur r\u00e9putation. Mais demain, quand quelqu&rsquo;un d&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 la tribu viendra faire une critique \u00e0 son endroit, nous nous sentirons le devoir de la d\u00e9fendre en r\u00e9pondant \u00ab\u00a0vous ne pouvez pas comprendre\u00a0\u00bb. Dans ces moments l\u00e0, la complexit\u00e9 nous assaille. A tel point qu&rsquo;on s&rsquo;y d\u00e9bat et qu&rsquo;on y bafouille, subjugu\u00e9s par les raccourcis simplificateurs qui nous viennent de toute part, choqu\u00e9s par cet arri\u00e8re plan aussi complexe qu&rsquo;\u00e9vident et que personne ne veut voir. Dans le monde \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb, on revendiquera d&rsquo;\u00eatre ailleurs. Mais quand cet \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb devient l&rsquo;avatar d&rsquo;un clan idiot, on fuira encore. Tribus d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, monde normal de l&rsquo;autre, on est d\u00e9finitivement mal \u00e0 l&rsquo;aise partout.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Aucun des deux versants de cette proposition binaire ne nous s\u00e9duit. Il va donc falloir amener le surf ailleurs puisqu&rsquo;il ne nous fait plus voyager de lui-m\u00eame. En commen\u00e7ant par d\u00e9voiler nos \u00a0questionnements g\u00eanants sur cette pratique, vue de l&rsquo;int\u00e9rieure.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"color: #2b2b2b;\">Comment faire avec ce d\u00e9sir de s&rsquo;extraire des repr\u00e9sentations et des assimilations injustes dont le monde normal nous accable quand ces pr\u00e9jug\u00e9s nous construisent en partie\u00a0? Comment mettre en lumi\u00e8re les nuances et les contradictions qui nous paraissent fondamentales, alors qu&rsquo;on est tous l\u00e0, membres de ce clan uniformis\u00e9 dont on aspire paradoxalement \u00e0 se d\u00e9tacher\u00a0? Comment ne pas \u00eatre complice de cette situation communautaire quand on s&rsquo;entasse sur le m\u00eame parking bond\u00e9, sur la m\u00eame vague et la m\u00eame planche, avec le m\u00eame corps fa\u00e7onn\u00e9 par le m\u00eame effort, et souvent, la m\u00eame t\u00eate, construite par les m\u00eames exp\u00e9riences\u00a0? Autant de questions qu&rsquo;on aurait aim\u00e9 ne pas se poser. Car tous, sur ce parking, on doit se dire au fond \u00ab\u00a0qu&rsquo;on voulait juste surfer\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Mais \u00ab\u00a0juste surfer\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus possible.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Ce n&rsquo;est plus possible car l&rsquo;histoire a vu se r\u00e9pandre une forme de droit plus ou moins explicite partout autour du surf.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><a name=\"faireprofilebasfaceaucommunprivatise\"><\/a> <b><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Faire profile bas face au commun privatis\u00e9<\/i><\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u00ab\u00a0S&rsquo;arranger des surfers\u00a0\u00bb, c&rsquo;est d&rsquo;abord devoir naviguer entre leurs sous-divisions, leurs factions. Chaque groupuscule a une fonction pr\u00e9cise qu&rsquo;il vaut mieux cerner \u00e0 l&rsquo;avance pour \u00e9viter les ennuis. Encore une caract\u00e9ristique quasi mafieuse que l&rsquo;on d\u00e9testera la plupart du temps, mais que l&rsquo;on sera pourtant pr\u00eat \u00e0 justifier une fois pouss\u00e9 \u00e0 bout par l&rsquo;irritante critique d&rsquo;un non-surfer plein de pr\u00e9jug\u00e9s. Comme pour pr\u00e9server notre perle rare, m\u00eame si on la sait g\u00e2t\u00e9e \u00e0 c\u0153ur. Nous menons un double jeu qui nous fatigue, d&rsquo;autant plus que nous avons du mal \u00e0 envisager un \u00e9chappatoire. Et plus la d\u00e9mographie de surfers augmente, plus les chapelles renforcent leurs r\u00f4les, plus le droit se durcit.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">La premi\u00e8re de toutes les factions est celle des locaux et de leur localisme plus ou moins exacerb\u00e9 dont il faudra s&rsquo;accommoder. Le mot d&rsquo;ordre affich\u00e9 partout est le suivant\u00a0: \u00ab\u00a0il faut respecter les locaux\u00a0\u00bb. Mais qu&rsquo;est-ce que \u00e7a veut dire exactement\u00a0? Je crois bien respecter le local, tout autant que le non-local, que tout \u00eatre humain, au moins autant que j&rsquo;aimerais que l&rsquo;on me respecte. Pourquoi le local devrait faire l&rsquo;objet d&rsquo;une forme particuli\u00e8re de respect\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">On ne sait pas pourquoi, \u00e7a ne s&rsquo;explique pas, mais \u00e7a se sent, tr\u00e8s rapidement. Quand on arrive au \u00ab\u00a0pic\u00a0\u00bb, dans la zone de d\u00e9part des vagues, on a souvent la sensation de devoir s&rsquo;\u00e9craser. Dire bonjour m\u00eame si on ne nous r\u00e9pond pas. Ne surtout pas prendre la premi\u00e8re vague pourtant insurf\u00e9e qui passe. Il faut la regarder d\u00e9rouler, temporiser, montrer patte blanche et laisser passer celle d&rsquo;apr\u00e8s encore. Pendant ce temps l\u00e0, les locaux continuent de surfer, l&rsquo;air de rien. Il r\u00e8gne un climat de paix fragile. Les choses se compliquent au moment de prendre notre premi\u00e8re vague et d&rsquo;en finir avec l&rsquo;attente et le profile bas. A cet instant l\u00e0, les torses se dressent, les regards se noircissent, et l&rsquo;air se charge d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Monter au pic n&rsquo;\u00e9tait pas la pire des offenses. Le vrai p\u00e9ch\u00e9, c&rsquo;est de prendre une vague. On a la sensation d&rsquo;entrer dans un territoire d\u00e9fendu, d&rsquo;\u00eatre un intrus de plus. Car \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s, au c\u0153ur de la violence de l&rsquo;oc\u00e9an, les propri\u00e9taires de la terre et de l&rsquo;eau montent la garde. Et rapidement nous auront droit \u00e0 une d\u00e9monstration de virilit\u00e9 qui vise \u00e0 d\u00e9fendre le domaine de ces seigneurs. Man\u0153uvres d&rsquo;intimidation, braquage de vagues, coalition contre l&rsquo;\u00e9tranger&#8230; Nous avons mis la meute de loups en action.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Nous sentons bien que nous sommes entr\u00e9s chez quelqu&rsquo;un. Nous \u00e9tions loin d&rsquo;imaginer que ce bien commun puisse faire l&rsquo;objet d&rsquo;utilisation privative.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Cela nous pousse aussi \u00e0 nous d\u00e9finir nous-m\u00eames, \u00e0 questionner notre rapport \u00e0 la vague, \u00e0 notre territoire. Je ne me consid\u00e8re pas comme un local, je suis de partout. La vague que je surfe le plus r\u00e9guli\u00e8rement n&rsquo;est pas vraiment la mienne, elle n&rsquo;est \u00e0 personne, elle d\u00e9roule l\u00e0, juste l\u00e0, pas loin de la maison que j&rsquo;habite \u00e0 temps partiel. J&rsquo;habite souvent ailleurs, car les maisons tout comme les vagues ont cette tendance \u00e0 me lasser quand elles font l&rsquo;objet d&rsquo;appropriations ou de d\u00e9lires colonisateurs. Celui qui vient surfer l\u00e0 o\u00f9 je surfe habituellement, n&rsquo;est ni le bienvenu, ni le malvenu, il est juste l\u00e0, comme moi. Mais ma posture ne fait que susciter de l&rsquo;incompr\u00e9hension, et on me prend pour un faible, autant le dire.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><a name=\"devierledroitdusolfeodal\"><\/a> <span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i><b>D\u00e9vier le droit du sol f\u00e9odal<\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Donc il a fallu apprendre quelques num\u00e9ros d&rsquo;\u00e9quilibristes pour naviguer entre les meutes de loups. Le premier, savoir partir dans les zones les plus dangereuses des vagues, plus \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, plus pr\u00e9s des rochers, l\u00e0 o\u00f9 personne ne s&rsquo;aventure. L\u00e0 o\u00f9 on gagne le fameux respect aussi. Le deuxi\u00e8me, apprendre \u00e0 partir sur une vague au dernier instant. Laisser les autres faire leur \u00ab\u00a0take off\u00a0\u00bb, les surveiller du coin de l\u2019\u0153il et quand tous le ratent, \u00eatre capable de se retourner d&rsquo;un coup et de partir in extremis l\u00e0 o\u00f9 ils ont \u00e9chou\u00e9. R\u00e9sultat, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que cela fait des ann\u00e9es que je n&rsquo;ai pas pu choisir l&rsquo;endroit de la vague o\u00f9 j&rsquo;allais partir, car j&rsquo;ai toujours fait en fonction des autres, en allant chercher toujours plus \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;eux ou en partant au dernier moment \u00e0 la suite de leurs \u00e9checs. Car ailleurs il n&rsquo;y avait plus de place.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Apprendre la langue du pays aussi, ca ne fait jamais de mal, m\u00eame si on ne vous r\u00e9pond pas.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Mais ces petites combines l\u00e0 ont aussi parfois tendance \u00e0 irriter fortement les plus fiers et les plus viriles. Et c&rsquo;est souvent \u00e0 ce moment l\u00e0 qu&rsquo;on nous rappelle \u00e0 la l&rsquo;ordre, et que l&rsquo;on entre dans la zone de droit du seigneur.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"color: #2b2b2b;\">Habituellement, quand plusieurs surfers se retrouvent au d\u00e9part de la m\u00eame vague, la r\u00e8gle la plus commun\u00e9ment admise consiste \u00e0 donner la priorit\u00e9 \u00e0 celui qui est plac\u00e9 le plus \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du d\u00e9ferlement. Celui qui prend le plus de risques donc. Cette r\u00e8gle l\u00e0, on s&rsquo;y fait vite, elle fonctionne potentiellement partout dans le monde, et personne n&rsquo;a jamais objectivement trouv\u00e9 quelque chose \u00e0 y redire. Elle permet d&rsquo;organiser un minimum le pic. Mais&#8230; les loups les plus \u00e0 vif de la meute l&rsquo;entendront d\u00e9sormais d&rsquo;une autre oreille. Souvent apr\u00e8s deux ou trois vagues, ils viennent vous voir pour vous dire \u00ab\u00a0wait for your turn\u00a0\u00bb. Autrement dit, la loi universelle de la priorit\u00e9 ne s&rsquo;applique plus pour vous, car le seigneur en a d\u00e9cid\u00e9 autrement. Vous \u00eates somm\u00e9 de revenir au profil bas que vous avez bien voulu montrer au d\u00e9part. Alors vous laisser passer des vagues, encore. Vous attendez que les autres en soit rassasi\u00e9s. Et l\u00e0 vous pensez que votre soi-disant \u00ab\u00a0tour\u00a0\u00bb est revenu. Vous partez, puis le m\u00eame local passe derri\u00e8re vous pour se mettre 1m plus \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, puis il siffle, il faut lui laisser la vague&#8230; en vertu de la r\u00e8gle universelle de la priorit\u00e9, celle dont vous avez \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 20 minutes avant.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Voil\u00e0 comment se manifeste le plus souvent le droit f\u00e9odal du local. Si le seigneur a la priorit\u00e9, c&rsquo;est la r\u00e8gle de la priorit\u00e9 qui s&rsquo;applique. Si c&rsquo;est son tour, c&rsquo;est la r\u00e8gle du tour qui fonctionne. La seule r\u00e8gle fiable dans l&rsquo;histoire, c&rsquo;est la suivante\u00a0: \u00ab\u00a0si t&rsquo;es pas d&rsquo;ici, tu t&rsquo;\u00e9crases et tu manges les miettes\u00a0\u00bb. Si l&rsquo;on devait prolonger \u00e7a donnerait\u00a0: \u00ab\u00a0viens habiter ici et passer du temps dans la r\u00e9gion, apprends la langue mais ne pique pas trop le travail, attends \u00e0 l&rsquo;eau en prenant peu de vagues, montre du respect pour ceux qui \u00e9taient l\u00e0 avant toi, va surfer l\u00e0 o\u00f9 c&rsquo;est dangereux et dans des conditions d\u00e9grad\u00e9es et apr\u00e8s des ann\u00e9es, ton statut aura peut-\u00eatre la chance d&rsquo;\u00e9voluer\u00a0\u00bb. Surtout, ne pas r\u00e9pondre que \u00ab\u00a0chez toi\u00a0\u00bb, tu ne traites pas les visiteurs comme cela. Puis \u00e9viter de dire que le \u00ab\u00a0chez-soi\u00a0\u00bb est un concept que tu ignores. Les gorilles ont l&rsquo;habitude de mettre des poings dans les gueules une fois \u00e0 bout de parole. Et ce bout l\u00e0, il vient vite.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u00catre d&rsquo;ici ou \u00eatre d&rsquo;ailleurs engendre deux statuts et deux droits diff\u00e9rents. Nous avons de plus en plus envie d&rsquo;\u00eatre de nulle-part.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><a name=\"fuirlinvasiondudroitcolonial\"><\/a> <span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i><b>Fuir l&rsquo;invasion du droit colonial<\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Il faudrait pouvoir expliquer aux gorilles que nous aussi, tout nous d\u00e9pla\u00eet chez le surf-touriste qui vient maximiser les vagues d&rsquo;ailleurs quand celles de \u00ab\u00a0chez lui\u00a0\u00bb ne fonctionnent plus, ou sont trop froides. Pouvoir dire que ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on n&rsquo;est pas d&rsquo;ici qu&rsquo;on tombe n\u00e9cessairement dans la caricature d\u00e9sagr\u00e9able du surf de masse mondialis\u00e9, m\u00eame si on y ressemble. C&rsquo;est vrai que la faction des surf-touristes ou surf-trippers est capable de sauter en un clin d\u2019\u0153il dans un van ou un avion pour profiter d&rsquo;une vague qui vient d&rsquo;\u00eatre annonc\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde. Alors que les locaux, parfois assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence, avec un travail, peu d&rsquo;argent, une famille, ne verront peut-\u00eatre de toute leur vie qu&rsquo;une seule et m\u00eame vague, leur vague. Les gorilles sont insupportables mais on comprend bien comment ils le sont devenus. Ce qu&rsquo;ils vivent est injuste et violent.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Une pratique qui relevait de l&rsquo;\u00e9vasion, ressemble \u00e0 une grande invasion d\u00e9sormais. De la m\u00eame mani\u00e8re que les anc\u00eatres surfers hawa\u00efen se sont fait violemment colonis\u00e9s par les blancs au XIII\u00e8me si\u00e8cle, aujourd&rsquo;hui, toutes les plages du monde rejouent une forme euph\u00e9mis\u00e9e de colonialisme mondialis\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"color: #2b2b2b;\">En bas de cette vall\u00e9e, nous sommes les t\u00e9moins d&rsquo;une colonisation de toutes les terres libres par des groupes \u00a0uniformis\u00e9s, purs produits de la culture post mondialisation. Ces factions d&rsquo;envahisseurs parlent anglais partout o\u00f9 ils vont, comme si c&rsquo;\u00e9tait la langue internationale et l\u00e9gale du surf. Qui ne s&rsquo;y plierait pas serait un inculte ou un indig\u00e8ne \u00e9loign\u00e9 de la civilisation. Tous les travellers ne font pas l&rsquo;effort d&rsquo;apprendre \u00e0 dire bonjour dans la langue du pays dans lequel ils sont venus surfer. Souvent, quand nous croisons \u00e0 pied un traveller au coin d&rsquo;une falaise, il nous dit \u00ab\u00a0hello\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0hi\u00a0\u00bb. Nous aurions pu \u00eatre des locaux, portugais, espagnols, marocains etc, et son \u00ab\u00a0hi\u00a0\u00bb aurait \u00e9t\u00e9 malvenu. Mais prenons la mesure des faits, d&rsquo;abord le surf-tripper ne s&#8217;emb\u00eate pas \u00a0souvent avec les langues locales et ensuite, notre \u00ab\u00a0non-localit\u00e9\u00a0\u00bb doit \u00eatre marqu\u00e9e sur notre t\u00eate. M\u00eame si on aurait aim\u00e9 y \u00e9chapper, par notre pr\u00e9sence ici dans ce pays \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb nous amenons notre pierre \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice aux foules de surf-touristes, cela nous est en tout point d\u00e9sagr\u00e9able et inconfortable. L&rsquo;affirmation gorillesque des cultures locales est donc en partie une d\u00e9fense contre la violence ethnocentriste du peuple mondialis\u00e9 qui arrive avec ses gros sabots dor\u00e9s et anglophones sur les spots. Pourtant, les trippers se disent \u00ab\u00a0ouverts d&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, leurs camions arborent des symboles peace and love, adeptes d&rsquo;une sacro-sainte tol\u00e9rance (qui n&rsquo;est souvent qu&rsquo;un faire-valoir circonstanciel qui les arrange) ils font profile bas sur les spots, car ils savent qu&rsquo;ils \u00ab\u00a0ne sont pas chez eux\u00a0\u00bb. Ils seront parfois les premiers \u00e0 relayer le mot d&rsquo;ordre \u00ab\u00a0respect the locals\u00a0\u00bb, pour mieux coloniser en paix. Car effectivement cela ne les emp\u00eache pas de constituer une masse colonisatrice, nous compris, au del\u00e0 de leurs bonnes intentions individuelles. Aussi innocents soient-ils, nos petits voyages individuels deviennent de grands p\u00e8lerinages envahissant les plages du monde entier de richesses, de 4&#215;4, de canettes RedBull ou de \u00ab\u00a0peace and love\u00a0\u00bb.. Et potentiellement, nos esprits ouverts et nos profiles bas, une fois \u00ab\u00a0chez eux\u00a0\u00bb redeviendront \u00ab\u00a0localistes\u00a0\u00bb et feront la guerre virile aux surf-touristes qui viennent exploiter \u00ab\u00a0leurs vagues\u00a0\u00bb et qui ne parlent pas \u00ab\u00a0leur langue\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">On aurait pu \u00e9viter de s&rsquo;infliger tout \u00e7a quand m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"color: #2b2b2b;\">Le localisme est donc une r\u00e9action de d\u00e9sespoir et d&rsquo;impuissance de la part des locaux face \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne violent. La vague sur laquelle ils surfent entre eux depuis leur enfance s&rsquo;est un jour ouverte au monde sans leur accord. Il est vrai que tant que le surf-tourisme n&rsquo;existait pas, il y avait certainement moins de localisme. Donc nous pouvons en partie expliquer le localisme en tant que r\u00e9action \u00e0 une agression ext\u00e9rieure. Pour autant il serait inexact de dire que le surf-tourisme a engendr\u00e9 \u00e0 lui seul le localisme chez les surfers. Dans plein d&rsquo;endroits c\u00f4tiers o\u00f9 les touristes sont nombreux \u00e0 l&rsquo;eau, des locaux se sont montr\u00e9 accueillant. Il y a donc d&rsquo;autres facteurs produisant l&rsquo;hostilit\u00e9 du local que l&rsquo;agression ext\u00e9rieure. Et \u00e0 cet endroit, au moment de saisir l&rsquo;essence de ces comportements gr\u00e9gaires et archa\u00efques, une foule de raisonnements pourris surgit. La premi\u00e8re id\u00e9e simpliste et insatisfaisante serait de dire qu&rsquo;il y aurait quelque part dans les g\u00e8nes de l&rsquo;homme une propension \u00e0 s&rsquo;approprier l&rsquo;espace. Comme si la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e \u00e9tait en germe dans la nature humaine et que le localisme du surf en serait une \u00e9ni\u00e8me preuve tangible, ici et l\u00e0. Ce raisonnement est r\u00e9ducteur car effectivement, il est inexact d&rsquo;affirmer que de tout temps l&rsquo;humain aurait tendance \u00e0 revendiquer la propri\u00e9t\u00e9 originelle de terres ou d&rsquo;id\u00e9es. Il n&rsquo;y a que des situations qui le poussent \u00e0 le faire. De la m\u00eame mani\u00e8re il est idiot de croire que de tout temps l&rsquo;humain a eu soif de conqu\u00eate et de sang, et que cette propension serait incarn\u00e9e de fa\u00e7on euph\u00e9mis\u00e9e dans le corps du surf-traveller. Il s&rsquo;agit donc plut\u00f4t d&rsquo; un processus de co-\u00e9volution entre envahisseurs et envahis qui pousse les uns et les autres, tant\u00f4t \u00e0 durcir leurs positions, tant\u00f4t \u00e0 les adoucir, voir m\u00eame \u00e0 coop\u00e9rer. Par exemple, les locaux savent tr\u00e8s bien adoucir leur jeu quand ils tiennent un surf-shop ou une \u00e9cole de surf, et qu&rsquo;ils ont besoin du pouvoir d&rsquo;achat des surf-travellers pour vendre leurs services au pied des plages, dont ils aimeraient paradoxalement se r\u00e9server l&rsquo;acc\u00e8s. A l&rsquo;inverse, les surf-travellers sont rassur\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de trouver des r\u00e9parateurs de planches dans les surf-shops tout au long de leurs voyages sur les plages qu&rsquo;ils \u00ab\u00a0envahissent tout en s&rsquo;\u00e9crasant\u00a0\u00bb devant ces m\u00eames r\u00e9parateurs-surfers locaux.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Il serait donc plus juste de dire que de tout temps, les situations de vie \u00e9conomiques, sociales, culturelles, territoriales de notre esp\u00e8ce ont favoris\u00e9 des guerres plus ou moins chaudes entre les factions. En cela, le surf n&rsquo;y fait pas exception.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><a name=\"lasubversionquinapaseurlieu\"><\/a> <span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i><b>La subversion qui n&rsquo;a pas eu lieu<\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Or nous aurions souhait\u00e9 que le surf serve de support \u00e0 une nouvelle voie plaisante qui nous arrache des d\u00e9terminismes sociaux, enfon\u00e7ant des coins entre les blocs existentiels solidement install\u00e9s pour d\u00e9fricher des perspectives l\u00e9g\u00e8res et excitantes. Le surf, par son mouvement et ses risques permanents, avait cette propension \u00e0 inspirer le refus des ordres \u00e9tablis, comme une glisse sociale. Constatons qu&rsquo;il a plut\u00f4t servi \u00e0 \u00e9tablir des ordres, d&rsquo;abord en son propre sein en instaurant des seigneuries d\u00e9fendues, et ensuite en abondant dans le sens des ordres du reste du monde. Il s&rsquo;est fait retourn\u00e9 comme une cr\u00eape par l&rsquo;industrie, le marketing et les m\u00e9dias. D\u00e9sormais on ne peut plus se contenter de sa soi-disant \u00ab\u00a0essence libre\u00a0\u00bb pour qu&rsquo;il g\u00e9n\u00e8re de la libert\u00e9. Il n&rsquo;a plus que les apparats de la subversion, quand il ne les jette pas aux oubliettes d&rsquo;un air embarrass\u00e9. Cette propension \u00e0 la libert\u00e9 nous fait l&rsquo;effet d&rsquo;un mirage aujourd&rsquo;hui. Comme cet espoir de surfer seul en bas de cette vall\u00e9e. Une belle fable.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #2b2b2b;\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Cette glisse tant attendue pour s&rsquo;extraire d&rsquo;un monde qui nous \u00e9touffe, reproduit la suffocation \u00e0 laquelle nous voulions \u00e9chapper. Le surf, au sens d&rsquo;un levier de pouvoir et de libert\u00e9, est devenu impossible. Pourtant il nous est tout autant impossible de ne plus surfer. S&rsquo;il n&rsquo;\u00e9mancipe pas par essence, il va falloir le travailler, le penser et l&rsquo;\u00e9crire pour le sublimer.<\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre les tribus Chronique du surf impossible 1 Pointons d&rsquo;abord sur la carte le coin de c\u00f4te le plus aust\u00e8re. Des falaises, du maquis, l&rsquo;hiver aussi. 17 heures de routes soulignent le divorce entre notre rude destination et nos id\u00e9aux de palmiers dans le sable chaud. 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